DIEU NE JOUE PAS AUX DÉS AVEC L'UNIVERS

"Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister" Fusée - Baudelaire

18 octobre 2007

Fragments de folie

    • Le jour où nous avons pris rendez-vous, après s’être laissé filmer, il me dit :
    - Bring me a scar, please. Bring me scar, me disait Chan. Le sens de ses mots m’échappait. Habitué à son imagination et sa poésie inintentionnelle, je crus un instant être l’heureux auditeur d’un aphorisme sino-parnassien.
    Cependant, lorsqu’il porta sa main à son cou, barrant son cou d’un geste sec, une inquiétude s’empara de mon esprit. Me demandait-il une arme ? Un couteau pour se défendre, ou se tuer ? Bring me a scar, apporte-moi la blessure, et pourquoi pas la mort ? Ses yeux bridés laissaient fort peu deviner son intention, et je dû marquer mon angoisse car il se reprit :
    - A scarf, please, for the neck ?

    • Le reste du court entretien que j’eus avec lui ce mercredi, en l’absence de Xavier, consista à fixer un point de rendez-vous précis ainsi qu’une heure. Il me demanda si j’étais libre ce week-end, car il allait pleuvoir jeudi. L’aplomb dont il usa pour prononçer cette phrase ne marquait aucune différence avec le ton sérieux qu’il employait pour me parler des grandes conspirations du FBI. Je crus donc avoir à nouveau affaire à quelque chose de magique, et lui demandait comment il pouvait prévoir la météo.
   - I read the paper, you know, weather forecast.
   Le mélange de rationnalité et d’imaginaire font chez cet homme un mélange qui agit parfois comme un virus sur l’interlocuteur.

    • Fidèle à son habitude, il nous avait donné rendez-vous devant le Dôme, un restaurant chic du côté du métro Vavin. Je pus lui présenter Xavier et lui faire don d’une écharpe blanche. Contrairement à ce que peut laisser suggérer la ferveur avec laquelle il m’assure de son amitié, les dons ne sont jamais chez lui l’occasion d’un cérémonial particulier. Le fait troublant est le suivant : comment un homme qui aurait passer sa vie dans la rue peut-il accepter les dons avec tant de naturel ? Xavier, à la fin de l’interview, lui dit qu’il avait lu son histoire et qu’il avait cru comprendre que le Docteur recommandai les fruits pour leurs valeurs curatives. Il lui tendit une clémentine, que le Docteur refusa : I have already ! et ce sans réel ménagement. Xavier insista, et eut droit à un bref remerciement, poli mais pas plus qu’une clémentine donnée à un bourgeois ne mérite de remerciement. Jacky Chan n’a pas toujours été pauvre et son comportement face au Don indique qu’il a peut-être vécu à l’abri dans le besoin la majeure partie de sa vie.

    • Lors du deuxième interview, Jacky Chan me proposa de me prouver l'existence de Dieu, aujourd'hui ou un autre jour. Cela faisait bientôt deux semaines qu'il me le proposait et le moment me semblait venu.
      - I'm going to prove to you the existence of god, and for that, I need a pen.
Je ne saurais vous l'expliquer mais je fus immédiatement saisis par la peur. Une image s'imposa dans mon esprit : Jacky me plantant le stylos dans la gorge en hurlant :
      - GIVE MY REGARDS TO GOD !
Bien  heureusement, ce ne fut pas le cas.

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17 octobre 2007

Une goutte de doute

Le deuxième interview a eu lieu, et s'est passée à la fois bien et... moins bien.

 

Image_3

 

Nous attendions Jacky dans un parc afin de tourner la suite de l'interview. Le gardien des lieux, d'une gentillesse que je tiens à signaler et souligner ici, nous avait autorisé à filmer sous condition d’une discrétion extrême et d’un départ à 16h30 au plus tard.

 

Non loin de ce parc, sur la route que devait emprunter Jacky pour venir nous rejoindre, des étudiants avait pris possession d'une sorte de squat et, surveillés par une centaine de policiers et de CRS, ils lançaient à la foule des appels à la solidarité et surtout des phéromones de mâles en rut, avides de 20 heures et de pose libertaire.

 

Je quittais en vitesse le parc pour pouvoir filmer le passage de Jacky devant cette cohorte de militants pour le droit au logement. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu'aucun de ces apprentis Che guevara ne se souciaient du passage du clochard fantastique, emblème vivant de la vie des rues poussant sa maison roulante en plein boulevard ? Il n'eut droit qu'à un regard distrait et un pincement de nez.

 

Je dois bien admettre que mon dégoût pour les actions collectives et télévisuelles de ce genre est excessif, et que ces jeunes sont sans doute plus efficaces que moi dans leur combat, cependant n'est-ce pas le contact quotidien des pauvres, l'aide régulière et humaine qui est la véritable solution, pas la politique, mais la philosophie ? A dire vrai, je parlerai d’un vrai retour à la charité. Je ne suis pas catholique, mais je respecte la charité en ce qu'elle a des conséquences visibles sur la réalité extérieure et intérieure de l'homme.

 

  Je du convaincre Jacky de rentrer son fameux "caddie", énorme charrette de 150 kilos qu'il pousse partout où il va, dans une rue jouxtant le parc, et il accepta en rechignant un peu de le glisser sur un trottoir, en faisant bien attention de ne bloquer aucun accès. Il fit beaucoup de difficulté car il refusait, même pendant l'interview, de quitter son caddie des yeux. Je crus le moment venu d'être plus ferme avec lui, de lui signifier que tout allait bien et, nous entrons dans le vif du sujet, qu'aucun agent du FBI n'habitait dans l'immeuble en bas duquel il avait garé son caddie. Depuis une heure, il me l'avait dit, quand nous prîmes le rendez-vous, il me le disait déjà : l'immeuble à côté du parc est plein d'agents du FBI ! Je n'ai pas écouté. Je voulais absolument que nous puissions filmer dans ce parc si propice, sous l'oeil bienveillant des gens. Le gardien du parc surveillait, prêt à nous indiquer la sortie si ne serait-ce qu'une personne refusait la présence du clochard, qui venait cependant de se laver.

 

Nous laissâmes le caddie près de la porte, sans boucher le passage en aucune manière. C'est moi qui l'ai fait garer son caddie à côté de la porte noire, et c'est moi qui l'ai plongé dans une situation angoissante, je suis donc entièrement coupable de la situation finale que je vais vous conter, et qui, je l'espère, n'aura pas d'issu grave. Je suis coupable de chose que je ne pouvais pas contrôler, mais que j’aurais pu prévoir.

 

    Réaliser un film, c'est jouer avec la réalité, c'est se prendre pour Dieu.

 

     Qui n'a jamais était choqué de voir ces documentaires animaliers où un cameraman impassible filme une gazelle se faisant dévorer par un lion ? Pire, la présence de la caméra n'a-t-elle pas souvent eu ses victimes ?

 

    Après un entretien passionnant avec le Docteur Jacky Chan, alors même que nous rangions nos caméra, un homme vînt à nous. Il avait le visage broussailleux des hommes procéduriers, capables d'une violence que l'on aurait tôt fait d'attribué à la frustration d'une vie sans joie. Avec agressivité et sans la moindre politesse, il gronda Jacky Chan comme un enfant, agitant un doigt menaçant : il avertirai la police si M. Chan continuait de gêner la circulation avec son caddie, il lui ordonna de pousser immédiatement le caddie des abords de la porte de son immeuble. Apparemment, pour ma défense, Jacky Chan s'était déjà attiré le courroux de cet homme. Aussitôt je m'interposai, prenant sur moi la responsabilité de la chose, et présentant mes excuses ainsi que ma promesse que nous allions sans plus attendre déplacer le caddie ; je veillerai personnellement à ce qu'une telle chose ne se reproduise plus. Il grommela quelques insultes et partit.

 

  Je n'eus qu'une petite minute pour présenter mes excuses à Jacky Chan, resté silencieux et souriant, à me dire que l’incident était sans gravité, qu'il avait l'habitude : "Don't be afraid". En effet, l'homme revint, furibond, et s’en prit à nous, Rabbit et moi-même, nous accusant d'encourager Jacky Chan dans sa folie, de l'encourager à continuer d'être une gêne publique et un "clochard de plus". Il me prophétisait qu’un jour quelqu’un serait agressé par ma faute !

 

Le malin m’accusa du crime que je crains le plus, celui contre lequel je déploie des secrets d'ingéniosité : crime qui consisterait à encourager Jacky dans son délire, plutôt qu'à le ramener à la réalité. Je faisais bien plus de mal que de bien.

 

Blessé jusqu'à la plaie, je fis l’effort de garder mon calme, l'assurant qu'au contraire, je faisais mon possible pour ramener Jacky de la rue vers les espaces publics destinés aux clochards, de le convaincre d'aller, par exemple, se doucher dans des endroits prévus à cet effet, et non dans un abribus. Je fais ici le serment que la première chose que j'ai dite à Jacky, et que je lui répète souvent à mes risques et périls, c'est que je ne crois pas en son histoire, que je crois pas un mot de sa paranoïa. En contrepartie, je lui fais grâce de cette vérité que constitue mon admiration pour un homme courageux qui a su trouver en lui l'énergie de la survie. Je n’ai jamais posé à Jacky des questions sur ses théories délirantes, mais sur sa vie quotidienne.

 

L'homme ne prit pas la peine d'écouter, et je fus insulté ainsi que Jacky l’avait été. Je calmais le jeu. Jacky Chan restait calme, m'indiquant apparemment de ne pas écouter l'homme en question qui partit à nouveau. Sans doute avait-il trouver dans le comportement de cet homme la confirmation de sa théorie : le parc était surveillé par le FBI qui avait envoyé un agent pour l’effrayer, lui ainsi que ses amis.

 

C’est à se demander si ce qu’il écrit n’est pas pure vérité !

 

Qu'un homme habitant dans un des quartiers les plus riches de Paris se permette de se défouler avec une telle violence contre un clochard sous le prétexte immonde et fallacieux qu'un des signes de sa pauvreté le dérange me semble être un des pires crimes qui se peut perpétuer.

 

Je ne suis pas un socialo, sans doute parce que chez moi le sens social est quelque chose de normal, et ça, je l'ai appris... en catéchèse ! Voilà bien longtemps que le Dieu des religions ne m'intéresse plus, mais je vomis les athées de la charité. La charité est la seule religion vraiment universelle, et obligatoire. Je hais celui qui ne traite pas son prochain comme lui-même. Je le hais. Tout simplement.

 

  Mais le pire restait à venir : l'homme revint une troisième fois, le sourire en coin comme apaisé par mes discours, et il me demanda quelle langue parlait M. Chan.

 

Dès qu'il eut appris que Jacky parlait anglais, il se précipita vers lui et tint des propos comminatoires et hautains, s’adressant à Jacky comme au dernier des hommes, le menaçant presque physiquement par l'inclinaison de son corps, et le menaçant tout à fait dans les mots. Nous amorçâmes notre départ sous ses injures, je lançais au vigile mes plates excuses et intimais à l'homme l'ordre de se calmer.

 

Soudain, Jacky amorça un geste violent que Rabbit et moi réprimâmes suffisamment tôt pour l'empêcher d'aboutir, ou presque, il frôla sur quelque centimètre le manteau noir de notre agresseur. Tandis que Rabbit raccompagnait Jacky à son caddie, je restais tremblant, sujet d’un vertige terrible.

 

Mon pire cauchemar se réalisait devant moi : par ma faute, Jacky risquait d'avoir des ennuis. Celui-là même qui prophétisa que Jacky était dangereux, venait de m’en faire la démonstration. Il en était la cause, mais aussi la preuve. Il resta là, entre l’indignation et le triomphe. Mephistopheles des rues. Je lisais dans son regard cette joie des êtres tout puissant lorsqu’il écrase des fourmis, il jubilais du pouvoir qu’il avait pris sur nous. Allait-il appeler la police ?

 

Écrire ces mots me coûte, et m'oblige à peser à nouveau mon abject projet. Qui suis-je pour vouloir mettre la réalité en film ? Qui suis-je pour croire que je peux la capturer sans heurt, sans la changer, sans dommage pour ceux que je filme et qui vivent normalement, eux, sans concevoir des projets artistiques ? L'art n'est que souffrance, il s'en nourrit, il pullule sur les plaies comme sur la charogne décrite par Baudelaire.

 

L'art comme une mouche à merde ne vit que dans la pauvreté et la tristesse. Et moi, riche et heureux comme un riche peut l'être, je vais chercher un homme pauvre et triste pour être sa mouche. Je suis abject.

 

hommever

 

L'homme partit sans rien dire d'autre, satisfait d'avoir éjaculer sa haine sur une faible créature, me laissant riche et triste, suffisament triste pour écrire ce texte, pitoyable morceau d’art. Je n’aurais plus qu’à le signer, me signer et le pardon me serait accordé. Je n’aurais qu’à oublier, être lâche, faux, changer de peau pour ne pas purger sa peine, purger vite, comme on pisse. Etre à nouveau un bourgeois pathétique, à la vie plate et aux rimes riches.

 

Les gens normaux sont des lâches qui se repaissent de la souffrance d’autrui, jouissent en lisant le récit d’un génocide qui leur donne le beau rôle de l’âme compatissante, ou impuissante… Voilà ce m’a dit l’homme au manteau noir, rentre chez toi et ta saloperie de pitié, déverse là comme tout bobos qui se respecte, aux 20H de France 2, ou en lisant le journal. Va rejoindre tes petits copains qui insultent les CRS et donnent des regards humides à la caméra ! Mais ne t’avise jamais, jamais, de ramener un clochard à ma porte à l’heure où je n’ai plus une larme en poche.

 

L’indignation des trous du cul du socialisme crin-crin n’a qu’un seul rôle : la catharsis.

« Vous reprendrez bien un petit verre de larme de crocodile ? »

 

    Ce soir, je suis seul face au miroir, cadre noir hérité de mon oncle Hervé. Je l'aimais comme un frère. Qu'en aurait-il pensé ? Son avis m'importe encore car les morts sont ainsi, miroirs dont on connaît la bienveillance et la sévérité et qu'on ne peut plus déformer comme les vivants ; ces images mouvantes.

 

Hervé, qu'en dis-tu ? Ce projet que j'ai formé, sur cet excentrique des rues, sur ce Don Quichotte dont les moulins ressemblent à des éoliennes ? S'agit-il pour moi d'une quête de gloire ? De l'espoir de réaliser enfin un projet qui me tient à coeur, à mon coeur ? Est-ce la vérité ou une indignation d’apparat, quand je ressens pour Jacky cette pitié qui me tord le ventre, quand je l'imagine triompher du mal qu'il combat et vaincre ses démons, redevenu le docteur qu'il était peut-être, aidant les gens autour de lui avec ce courage qui semble dénué de limite ?

 

Cet objet d’art dont je rêve est-il autre chose que l’expression de la beauté de l’homme ?

 

  J'aimerais croire qu'une réponse existe à ces questions, et que je la trouverais dans ton regard, ou ton histoire.

 

    Revenons un an en arrière, lorsque, pour la première fois, je tendis la main vers Jacky Chan. Je me souviens que j'allais déjeuner chez mes parents. J’étais épuisé. Il faisait beau. Où était-ce exactement ?

 

Ah oui, je me souviens parfaitement de l'endroit où pour la première fois je lui vins en aide, oui je m'en souviens maintenant… Mais c’est bien sûr ! La réponse était là depuis le début !

 

A peine Hervé, t'ais-je posé une question que déjà, sans qu'en aucune manière je ne l'ai prévu tu y réponds ! Les larmes me gagnent tant ta malice me touche et, si je ne me souvenais pas mieux des rudiments de catéchèse, je dirais que tu es en ce moment, au paradis, à la droite du père...

 

    Toi, lecteur, écoute, et comprend le miracle qui vient de se produire tandis que je retrace pour toi le cheminent de ma pensée : en récompense pour mon aide ce jour-là, Jacky me fit don d'un document d'une dizaine de pages, recto-verso, où je pus découvrir son histoire rocambolesque. Lorsque je l'ouvris pour la première fois, à la page 2, mon oeil tomba immédiatement sur ceci :

 

En 2004, le 3 janvier, le F.B.I utilisa le jour du premier de l'an des rayons électromagnétiques pour abattre un autre avion Egyptien tuant 135 français. C'est impossible qu'un avion perde soudainement le contrôle électronique de ses commandes ! Comme le scientifique Einstein disait : "Dieu ne joue pas aux dés avec l'univers" "Une cause spécifique produira un résultat spécifique". Je peux mettre en évidence l'implication du FBI dans cette catastrophe, j'ai plus de preuves scientifiques pour prouver qu'ils ont utilisé de l'électromagnétique mais je préfère les garder pour les confronter plus tard au FBI.

 

Hervé. Je n'ai jamais vu ton corps inanimé. Tu es passé de l'autre côté sans transition. Tu nous as fait, à ta manière, le coup de l'immaculé conception. Et, peut-être est-ce pour cette raison que j'ai toujours eu l'impression que tu étais encore en vie, qu'encore aujourd'hui j'entends ta voix si particulière, réjouis de me reconnaître au téléphone : "Allo, Quentin ? C'est toi ?" Tu étais l'une des rares personnes à pouvoir dissocier le timbre de ma voix de celui de mon père, fort semblable.

 

Hervé est mort à Sharm-el-Sheikh, dans cet avion, et je suis bien placé pour vous dire qu'aucunes des enquêtes supposées fournir l'explication de ce crash n'a encore pu aboutir. Le mystère demeure.

 

  Avant d'invoquer Hervé, et je ne sais pas pourquoi j'en ai ressenti si soudainement le besoin, je ne me rappelais plus de ce lien pour le moins indirect entre Jacky et lui. Mais l'important n'est pas là. Je croyais que ce lien explicatif suffirait à me disculper des noires accusations de notre agresseur au manteau noir. Or, si je ne fournissais que cet argument, on pourrait me reprocher que cette fascination pour Jacky a tout d'une décompensation post-traumatique, le goût d'un jeune homme grandissant dans un monde absurde pour un S.D.F capable de lui fournir une grille d'analyse de ses malheurs.

 

    Mais si Hervé s'est imposé en moi à ce moment précis, c'était pour me rappeler une toute autre chose : l'endroit où pour la première fois j'avais aidé Jacky à porter son chariot de 150 kilos, et après vous l'avoir dit je vous laisserais seul juge, et vous demanderais en votre âme et conscience de répondre à cette question : Dois-je continuer ? Suis-je différent de ceux qui veulent instrumentaliser la souffrance pour en faire de l’art ?











       Juste devant ma porte.

 

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12 octobre 2007

Enfin ! C'est dans la boite.

Enfin ! La première partie de l’interview est dans la boite. Le jour est venu où j’ai pu réunir Jacky Chan ainsi que mon coéquipier et le matériel nécessaire à la réalisation de l’interview. L’heure à laquelle nos cours respectifs nous ont permi de la réaliser était un moment d’affluence à Montparnasse : première difficulté. Contre mon avis, l’interview s’est donc déroulée sur la place du 18 juin 1940, et pas dans à l’arrière du Square Ozanam. Jacky craignait peut-être de se retrouver au beau milieu des gens « normaux ». Ce sera, sans aucun doute, le lieu de la prochaine interview.
Nous avons pu filmer avec deux caméras. Je crains cependant que le résultat ne soit pas à la hauteur de mes attentes. Nous verrons bien. L’exaltation de cette expérience me suffit pour l’instant.
Le récit de cet aventure est à venir.

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10 octobre 2007

Interview repoussé(e)

L'interview de Jacky Chan, prévu(e) ce mercredi vers 17h, aura finalement lieu jeudi à la même heure. Mon collaborateur a malheureusement un cours à l'heure prévue. Ce n'est que partie remise.
Il est très difficile de mener un projet à bien quand on est seul, et très difficile quand on plusieurs.
Il s'agit de s'accrocher et de garder confiance.

Bonne nuit.

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08 octobre 2007

Insulté par un Clocheton : pour un oui ? Pour un non !

    Pire, peut-être avait-il raison le pauvre hère pauvre, car j'avais répondu à la question qu'avait tout juste ébauchée ses yeux, ne lui laissant même pas le temps de la poser. J'avais fait non, de la tête...
Je n'avais pas de monnaie, cependant c'était de feuille à rouler dont il avait besoin.
    Terrible comme un petit geste peut entraîner un grand désespoir.
Ainsi cet homme a-t-il reconnu dans mon geste une cruauté sans doute par trop vêcu : avoir une réponse à une question que l'on a pas posée, que l'on vous dise un non comme par précaution, accessoire des gants de cuir noir, comme si ce non flottait déjà sur son berçeau quand sa mère lavait des glands au Bois de Boulogne.

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07 octobre 2007

Artiste, clochard ou clochartiste ?

07102007232"Je suis un héros.... tomane, qui cherche sa nymphe... omane"
C'est ce que scandait cet homme, artiste arsouille au demi-bouc. Classe au début, patraque au bout, il accompagna sa soirée accordéonnée d'une cravate rouge accordée au nez.
    Dans le cadre d'un évênement "culturel", je fus chargé de surveiller le matériel devant servir à sa performance ainsi qu'à celle d'une artiste qui riait beaucoup mais qui ne fit pas beaucoup rire, surtout lorsque d'un vagissement vaginale, elle se prit à confier aux spectateurs : "La cyprine, ça se lappe !".
Je pus ainsi employer mon temps de garde au strabisme divergent : un oeil sur le matériel, un autre sur l'accordéon de l'artiste en répétition. Quel ne fut pas mon étonnement de constater la ressemblance entre cet artiste qui sans emphase aucune déclenchait chez les responsables de l'évênementune sorte de crampe dans le bas du dos les faisant se courber devant lui, et.. un Clochard ?
    - Vous êtes vraiment Docteur ? me demanda-t-il apercevant derrière la buée la blouse que le staff de l'évênement avait enfilé pour être reconnu des visiteurs.
    Quand je lui eu finalement répondu par la négative, il ne m'accordéonna plus aucune attention et se concentra sur une reprise fort classique de la Danse des Canards.
    La Nuit Blanche comptait une dizaine d'artistes en ce point de Paris : quatre d'entre eux ressemblaient quelque peu à ces gens étranges qui dorment où ils veulent, l'autre un vieil arabe présentant un squelette de tortue géante, l'autre un travesti aux cheveux rouges offrant (gentillement) à qui le souhaitait un dessin de Marianne et un exposé de ses desseins pour la France, le reste étant constitué d'étudiant comme moi, apprentis ratés, et fervents admirateurs de ces grands courageux qui ont su poussé l'échec jusqu'à l'âge adulte.
    Il est toujours curieux de constater combien l'art consiste à faire venir les gens les plus tristes pour s'en amuser.

Posté par Quentin_Lafitte à 14:50 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Lancelot, Dr. Chan, les chevaliers à la charette.

Bref exposé extrait de l'article correspondant dans Wikipedia :

"Dans ce roman, la reine Guenièvre est la dame aimée de Lancelot et enlevée par Méléagant. Lancelot part la délivrer, mais pour réussir dans cette quête, il doit accomplir des prouesses et réaliser des sacrifices, qui sont autant d'épreuves dans son parcours initiatique.
Les épreuves les plus importantes du poème sont celles à caractère sacrificiel : l'une d'elles donne le nom du roman "le Chevalier à la charrette", car Lancelot se résout à monter dans une charrette, signe d'opprobre à l'époque médiévale, dans le but de sauver sa dame. En montant, il perd son honneur et devient un paria selon le code de la chevalerie. Mais ce code courtois exige de lui un sacrifice, pour sa dame. Il finira par monter dans la charrette, après une hésitation ("de deux pas"), révélant son caractère faillible."

Pour être Chevalier, il faut accepter de devenir un marginal. De nos jours, nos esprits prennent comme un raccourci : il faut être marginal pour être Chevalier.
Les hommes de la rue se tiennent sur cette brêche, entre la liberté et l'esclavage. Ils sont libres, sans autres responsabilités qu'eux même, n'ayant de compte à rendre à personne et pouvant, une bière à la main, dire ce qu'ils veulent à qui ils le souhaitent. ce sont les chevaliers qui n'ont rien à perdre.
Mais la plupart du temps, l'esclavage du ventre fait tendre la main. Les pauvres hères se vautrent et attendent la fin... de la faim.
Le Docteur est tout à fait différent et malgré les difficultés qu'il doit affronter chaque jour, je ne l'ai jamais vu demander quoi que ce soit d'aure qu'un manuel de français (il parle le chinois et l'anglais). Il place son énergie dans sa survie et sa lutte contre le Mal.

Posté par Quentin_Lafitte à 14:21 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 octobre 2007

Chevalier du Bitume

Pour commençer, voici l'extrait d'un médiocre gratouillage romanesque âgé de bientôt deux ans. J'étais alors absorbé par le travail des Lettres et ne quittait cette désagréable rêverie des gens qui dorment peu que pour regarder un admirable Clochard.
Admirable, et pas moins.
J'ai toujours été fasciné par les clochards, et celui-ci me semblait le descendant direct des plus grand parias dans la tradition de Don Quichotte et Lancelot, le chevalier à la Charette. Il a développé une paranoïa et est persuadé de faire l'objet de persecutions fomentées par le FBI et la CIA.
Voici l'extrait d'un texte qu'il m'avait inspiré à l'époque, le héros se prénome Yann :

Arrivé au boulevard Montparnasse, il prit à gauche, contournant le bar « Les marquises », petite entreprise de famille qui avaient su faire jouer tous les lobbies possibles pour se faire une place au soleil, les Savoyards au bar, les nègres aux cuisines. Très noble. Il jeta un coup d’œil vers le coin sombre, un gars genre ottoman, turqué d’un casque en papier, gantelé d’un sabre-crème, se tenait debout, une main appliquée à travailler sur un babaorum, l’autre à se trier consciencieusement les poils de culs. Le sarrasin eut été si beau couvert du sang des savoyards, si noble armée d’une victoire et de têtes coupées…
   Yann se demanda si la réussite de la coopération entre les peuples pouvait justifier de tel sacrifice d’honneur. Si la haine n’est pas une solution, elle a le mérite de nous épargner de voir la réalité en fesses.
       Sur le boulevard en canicule, on travaillait à réchauffer l’air déjà moite des sueurs du petit matin. Yann s’épongea le front avec son tire-jus, bout de tissu à carreaux bleus. Les gens allaient au boulot tandis que les bouleaux halaient les regards des gens.
Des pigeons cancéreux cherchaient des mégots sur le trottoir en face des bistrots. L’un d’eux boitait et tombait parfois, grotesque, se plantant le bec dans le béton fondu. Les rats volants du tout-paris ne chantaient plus, tant la douce mélopée des moteurs monopolisait les ondes.
   Il ne pu traverser que la moitié du boulevard, interrompu à mi-parcours par l’arrivée du bonhomme rouge, fini la contemplation, place à la course. Départ des bolides au première loge.
   Toussant dans l’ozone opaque, Yann eut une vision : un chevalier traversait le boulevard Montparnasse, altier sur son destrier monté, il faisait arrêter les voitures par la force de son indifférence. On freinait, on klaxonnait, le chevalier continuait à faire trotter son cheval sans empressement, s’en foutant. Sa tunique en damier noir et blanc était déformée par son haubert, contraste saisissant avec la petitesse de ses jambes. Yann admira la longue épée aux gravures raffinées qui pendait à sa taille. Le cheval, gris et gras, ne semblait pas s’émouvoir de l’excitation klaxonneuse des automobilistes, ils donnaient l’impression paradoxale de suivre le chevalier, comme si celui-ci le poussait par la force de sa volonté.
   Le chevalier vint pourtant attacher son cheval à l’un des platanes avant de s’asseoir dans un abribus. Libre mais perdu. Yann n’oserait jamais partir par crainte de devenir semblable à ce chevalier errant, beau mais bredouille dans son boulevard géant.
       Il eut mieux fait d'aller travailler aux Marquises, pensa Yann.

A venir, un portrait plus détaillé de ce personnage étrange, et le récit de ma première rencontre avec lui.

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Programme du docu-fiction

Titre : Dieu ne joue pas aux dès avec l'Univers.
Sous-titre : Les Chevaliers du Bitume.

Sujet : Un Sans-Domicile Fixe chinois vivant à Paris, se faisant appeler Jacky Chan et prétendant être l'objet d'attaques menées par le FBI et la CIA.

Format : Documentaire basé sur des faits très réels pouvant éventuellement faire l'objet d'une extension vers la fiction.

Durée : 52 minutes.

Matériel : Deux caméras DV de piètre qualité. Un télé-objectif. Un grand angle.

Equipe : Denis-Quentin Lafitte, et "Xavier" (2° caméra).

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Ce blog me servira de carnet de production et vous permettra de partager une expérience qui a d'ores et déjà changé ma vie. Nous commençerons par rattraper mes premières expériences avec le Docteur Jacky Chan, rencontres, tournages, pensées. Puis les comptes-rendus des interview que je vais avoir avec lui dès ce mercredi.

J'espère que vous me lirez dans les prochains jours, et en attendant je vous salue.

Posté par Quentin_Lafitte à 16:08 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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