23 décembre 2007
Update sur le tournage
J'ai attendu plusieurs jours, plusieurs fois, sans avoir signe de lui.
J'ose espérer qu'il vit dans un refuge le temps que passe le grand froid, mais je crains que sa paranoïa ne l'écarte des ces lieux de chaleur.
Le projet est "gelé" tant que je n'ai pas de nouvelle de lui.
La mécanique des fluides
C'est une chose que l'on remarque.
Alors que montent les bouteilles de champagne à la chaleur des grands appartements bourgeois (comme le mien), le clodo, qui habitent en bas, boit. D'un côté, l'alcool est à la fête, de l'autre il est à l'oubli de la fête.
Noël fait le bonheur des uns, le malheur des autres et ce dans les mêmes proportions. Pour chacun de vos sourires, un clochards aura une pensée triste. Sentez peser sur vous la responsabilité de votre propre joie, expiez votre foie-gras, pleurez pour les rendre heureux...
Oui, conception socialo-chrétienne, je sais, je n'ai pas prononcé ces mots comme une morale, plutôt comme une vérité qui doit être vécue et ignoré.
Tout le malheur du monde, il ne faut pas le porter. Si ?
18 décembre 2007
Aujourd'hui, j'ai vu...
Aujourd'hui, j'ai vu un militant de Greenpeace faire signer une pétition contre le réchauffement de la planète à un sans abri à la morve gelée.
Aujourd'hui j'ai vu un homme, un sale, un fou, un mâle, me dire : "Toi, tu es beau comme le Christ, tu aurais pu être Judas mais tu es déjà sur la croix.
Aujourd'hui, j'ai vu un jeune militant dont la cause déchue traînait par terre comme les dreads du cadavre de Bob Marley.
Tout ceci est authentique.
17 décembre 2007
Traumatisme / Aveu
Aujourd'hui, une femme. Plusieurs jours me l'avait montré triste mais polie, nécessiteuse mais généreuse de ses sourires. Il est impressionnant de voir des S.D.F si fort, dont l'énergie vitale déborde tandis que les passants, riches parfois, ont l'air désespéré par la pauvreté de leur existence.
C'est beau un S.D.F qui réussit à vous dire que "l'argent ne fait pas le bonheur", ça sonne comme une guitare parfaitement accordée qui jouerait une vieille valse.
Elle m'a retenue la main, pour la serrer. Horreur. Un sentiment de peur m'a envahit à cette pression de sa main gantée : allait-elle me faire les poches ? Jamais je n'aurais eu une telle pensée avant.
Avec mon portable, c'est tout un pan de ma capacité à communiquer qu'on m'a volé, et pas de communiquer avec tous les gens qui se trouvait dans mon répertoire, mais justement ceux qui ne pouvaient jamais l'être.
16 décembre 2007
Eloge de la Discrimination
La discrimination n’est pas un crime, c’est une faculté de l’entendement, un réflexe qui permet la survie dans n’importe quel milieu.
La faculté de discriminer est attaquée par une religion dont les présupposés sont prématurés : tous les hommes seraient "bons".
Si l’on additionne la diversité des situations sociales à la densité de la société, on obtient des intérêts si divergents que c’est l’homme qui n’exerce plus sa faculté à discriminer qui risque la disparition.
Comme Jésus, l’homme tolérant qui ne fuit pas à l’approche de Judas.
Mon agresseur, lui, avait l’art de la discrimination. La société, dans sa névrose, défend ce type précis de discrimination, elle accepte qu’il m'identifie comme un riche : une proie facile. La société accepte qu’il me choisisse pour me voler parce qu’il a discerné mon téléphone à mon oreille. La société accepte qu’il me vole, parce que j’ai les moyens, par mon travail, d’acheter un téléphone.
La grande société des hypocrites socio-catho-coliques.
Je téléphonais. J’ai vu un homme qui grelottait. Victime du bourrage de crâne télévisuel permanent de la gauche bien-pensante, je fus victime de l’équation France 2 : Pauvre + S.D.F = gentil.
Sans hésiter, je coupais court à ma conversation téléphonique, sans songer un instant que cet homme qui se dirigeait vers moi pour me vendre un journal Sans logis faisait partis des gens qui refuse d’en avoir un ; ce que l’on appelle de nos jours : les gens du voyage.
Tout en sortant de ma poche la bourse que je destine au don, nous parlons chaleureusement du froid, je le plains et l’encourage dans sa vie difficile. Plusieurs fois je lui demandais : « ça va ? ça va ? Comme ça doit être dur pour vous, de vivre dans ce froid… ». Mal m’en a pris. Dès qu’il eut empoché mes deux euros, il réclama plus avec moins de chaleur.
J’aperçus un autre homme à ma gauche.
Dans ma grande générosité, ce noël de l’humanité que je faisais traîner un peu partout par terre, je ne l’avais pas discriminé dans la foule : « Tout le monde il est beau, tout le monde il et gentil ».
Je sortis une pièce de 50 cents pour la lui donner : « Vous exagérez, maintenant, au revoir ». Le ton de la conversation n’était plus le même.
Il me saisit le haut de la main entre ses deux doigts et m’admonesta de lui donner plus d’argent.
Pendant ce temps, je voyais l’autre homme s’approcher.
Comment se faisait-il que ces gentils SDF soit si intimidant avec moi ? Sur France 2, il était vachement plus sympas. Je ne me permis pas de juger de l’apparence du désespoir.
C’était facile de s’indigner sur le manque de politesse d’un homme qui réclamait à manger.
Je pars ; derrière moi les deux hommes se mettent à rire, et quand je me retourne l’un deux me sourit, cicatrice pleine de dents sales, et il mimique mes paroles : « Ca va ? Ca va ? ». Cinq minutes plus tard, je constatais que mon téléphone portable n’était plus dans ma poche. Refusant toujours de croire à la moindre félonie, je retournais mon sac à dos pour le vider sur le sol, et en fis de même avec toutes les poches de mon manteau. Quelle horreur ! Malgré mon aversion, je devais me rendre à l’évidence, ces hommes étaient bien les coupables, ils avaient violé ma gentillesse, craché dans ma main, chier dans ma capuche !
Ils avaient fuit lorsque je revins.
Que dire ?
…
…
Vous connaissez mon infini respect pour la charité, ma croyance en la bonté intérieure comme vertu cardinale d’un mieux à l’échelle nationale.
Je n’ai cure d’avoir perdu cet objet qui, bien que neuf, n’est qu’un objet. Je suis profondément peiné que l’on ai détourné ma simplicité pour en faire de la niaiserie. C'est une agression sémantique. Si l'homme est bon, l'ingénu peut rester ingénu, dirait Rousseau. « Mais t’es con ou quoi ? Tu donnes du fric au pauvre ? Des romanos ? ». Cette simplicité, passée par le filtre de la méchanceté des deux romanos qui m’avaient volés, c’est de la stupidité.
Dois-je apprendre cette leçon que les deux pauvres hommes m’ont appris ? Ce serait drôle.
Les Gens du Voyage refusent de se sédentariser, par là-même de travailler, comment gagnent-ils leur vie ? Le nomadisme pose un grave problème dans le cadre de notre société, et personne n’ose le dire, sous peine d’être taxé de racisme ou de fascisme. Les fripouilles bien-pensantes devraient pousser leur pensée minuscule jusqu’au système au lieu de rester de vagues couilles-molles. Peut-on tolérer un mode de vie qui implique nécessairement le vol ?
Est-ce fasciste de dire que pour vivre dans la cité, il faut y vivre ?
Les gens du Voyage violentent parfois les autres S.D.F, et sont parfois violents avec les "D.F" (Domicile fixe). Ils créent méfiance, peur, haine à l’encontre des gens qui sont vraiment dans le besoin, et ne font partie d’aucuns réseaux.
J’ai peut-être tort, mais le nomadisme est incompatible avec notre société, ou alors c’est un luxe qu’on ne s’attribuera certainement pas en me volant ma carte nomad.
Pour finir, je dirais que :
N o m a d e / d a e m o n ?
12 décembre 2007
Reprise ; résurrection ?
Deux mois me séparent du dernier jour de tournage.
Un mois me sépare de ma dernière rencontre avec Jacky.
Il m'avait demandé un pantalon "hot", ce qui ne signifie pas sexy, mais bel et bien un pantalon chaud. Jeudi, s'il ne pleut pas, je vais l'acheter et l'attendre à l'arrêt de bus où il passe normalement.
J'ai décidé que le tournage allait continuer, si Jacky le désire toujours.
Je prévois la location d'une véritable caméra, et éventuellement d'une coque water-proof pour celle-ci.
Il reste des questions à lui poser mais elles ne sont pas nombreuses. j'ai décidé de pas lui poser de questions sur ce qu'il raconte, mais uniquement sur sa vie. Et c'est ce que j'ai fais jusqu'à maintenant. Il va me falloir, avec l'aide d'un ami, le suivre, et filmer de belles images destinées à accompagner la lecture de son texte par un doubleur.
Autre décision importante : il s'agira d'un docu-fiction.
Je vous remercie de me lire, et vous promets une reprise quotidienne de l'écriture. J'ai à vous raconter.